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THIERRY DELCOURT

Ruta, Le chant sourd de la terre

10 Septembre 2010, 18:04pm

Publié par thierry.delcourt.over-blog.com

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Le chant sourd de la terre

 

 

Certaines œuvres donnent une curieuse envie de connaître leur auteur ; elles touchent au plus intime et entrent en résonance profonde avec notre espace sensible, venant y déranger et interroger la matrice silencieuse de l’être. Les œuvres de Ruta ont provoqué en moi un tel effet. Inquiétante et familière étrangeté, quand tu nous tiens !

Ruta, rien que deux syllabes joueuses qui accroissent l’énigme du regard à l’œuvre, tout en le laissant libre ! L’étrangeté ouverte par la sculpture de Ruta, proposition répétitive de corps à vif dans la nudité de son regard, devient tension obsédante à force de rassembler en une forme précaire et élémentaire la mise en équation de nos questions existentielles.

 

Mais qui êtes-vous, Ruta, et pourquoi une telle acuité ?

Ruta Jusionyte, femme, jeune artiste, lituanienne : l’énigme se creuse, la rencontre s’impose, en France heureusement, car, de son improbable pays, je ne sais rien si ce n’est qu’il est devenu européen. Ruta est venue en France à l’aube du XXIème siècle pour y vivre et y travailler. Elle tente de s’y faire, de s’y plaire, sans oublier ses origines ni sa langue.

 

 

Le poids de l’histoire, le prix de la liberté

 

            Passionnant de se pencher sur l’histoire de ce petit pays en écoutant Ruta et en allant y voir de plus près… le regard prend forme ! L’adage se confirme : petit pays, grosse histoire… et souvent douloureuse entre invasions, annexions, libérations puis à nouveau occupations, exterminations et pillages, populations malmenées et contraintes aux injections obligatoires de cultures étrangères qui anesthésient les cultures autochtones et mettent à mal l’existant, tentant d’éradiquer les coutumes ancestrales et d’effacer ou de désocler les mythes fondateurs. Puis, un jour, la liberté revient, quelques herbes folles réveillent une culture étouffée qu’on croyait disparue. Ruta est de ces herbes folles ; tendre, souple et résistante, elle est enrichie d’un terreau primitif qui l’imprègne, y déposant les empreintes originaires. Elle ne fait pas retour délibéré aux fondamentaux de son monde mais accepte de se laisser traverser par les sources qui l’infiltrent et génèrent des formes bizarres autant que des histoires disant la chair d’une culture profondément ramifiée.

            Ruta est née en 1978. À cette époque, son pays est annexé et laminé depuis 33 ans par l’URSS après avoir été occupé et en partie exterminé par l’Allemagne nazie. Il n’aura connu l’indépendance que de 1918, se libérant de la Pologne, à 1940. Ruta est âgée de 13 ans quand, l’étau desserré, le bloc de l’est est anéanti. Alors, liberté devient synonyme de misère, de monnaie de singe, de perte d’emploi et de repères, mais elle est aussi une chape ôtée et la promesse de pouvoir enfin respirer… dure respiration, compressée par une enclave russe à l’étroit, ouvrant juste sur la Mer Baltique, et donc pesante menace d’invasion à peine voilée. Douloureuse respiration aussi, car il se trouve que la Lituanie est l’actuelle titulaire du triste record mondial du taux de suicide, taux effarant concernant les hommes ! Ce regard des sculptures de Ruta, tendu vers l’horizon, profond et sans illusion, lourd de mélancolie mais fixe et puissant, ce regard qui nous traverse, se perd au-delà de nous, espoir et douleur, ce regard unique et poignant des êtres de Ruta ne se résume pas à l’histoire de son pays qui l’a traversée et meurtrie mais il la porte. Il est. Et à la fois il dépasse, transcende, universalise en rassemblant grâce à son énergie, sa tension, sa portée et sa densité, toute l’ambiguïté et la conflictualité d’une condition humaine précaire : une condition à vif, libérée de l’artifice et des petites infatuations narcissiques.

L’espoir d’humanité que contient ce regard sans gloire ni arrogance tient à ce qu’il n’est ni bavard, ni fixé sur l’autre dans un rapport de force ou de séduction ; il tente d’être. Les formes de Ruta ne s’attachent pas aux détails de la petite histoire et de la douleur mais elles savent exprimer cet humain désarmé, désolé, dévasté mais à la fois relevé, prêt à faire face à l’adversité et à la barbarie autant qu’à sa condition de fragile mortel. Du chaos en soi, Ruta sculpte une unité rassemblée mais traversée par la cicatrice de ce chaos.

            L’imprégnation de l’herbe folle, Ruta la pressent en elle depuis longtemps et insiste sur cette présence symbolique et métaphorique qui l’habite. Les racines de sa culture offrent une ouverture insolite. En effet, la langue lituanienne est la langue européenne la plus proche du lointain sanscrit ; elle est traversée par la constellation spirituelle védique et pénétrée par les racines indoeuropéennes qui nous fondent, européens, sans que nous y accordions une quelconque importance, car depuis longtemps souterraines… et pourtant agissantes ! La culture lituanienne de Ruta commence bien avant l’endoctrinement monothéiste ; elle est aussi peuplée de dieux païens et d’avatars partagés avec la culture védique : figures hybrides, comiques ou monstrueuses qui restent présentes dans les contes, les mythes et donc aussi dans l’imaginaire inconscient, non édulcoré, de cette jeune femme. Ruta le sait, le pressent ; elle a besoin de l’exprimer même si on ne l’attend pas vraiment là.

            « La culture a été rayée, détruite pendant l’occupation russe, et même le savoir-vivre. Cinquante ans d’occupation et de privation, ça compte. A la libération, on s’est aperçu qu’on était des sauvages sans le minimum de culture pour vivre le quotidien. Mais moi, je sentais une culture profonde, enfouie, une culture souterraine. Quelques artistes lituaniens ont compris cela et n’ont pas peur du ridicule, de l’absurde et de la crise comme ils n’avaient pas peur d’attaquer l’envahisseur russe par la métaphore et les messages de leur art. Exprimer, c’est aussi laisser émerger ce monde de la métaphore, un monde archaïque en moi, mais j’ai peur que ce ne soit pas accepté ici. Pourtant, mon seul héritage, c’est ma culture lituanienne qu’il m’est nécessaire d’exprimer ; et mon outil d’expression, c’est la métaphore qui détourne les situations pour arriver au but. » Ruta dit nettement ce qui la traverse et qui la fait tenir debout, déterminée, comme ses sculptures, envers et contre les évènements de l’histoire qui l’a forgée, de sa vie, de sa famille et de son pays.

            On ne peut passer sous silence l’imprégnation familiale de Ruta puisqu’elle est issue de plusieurs générations d’artistes qui ont aussi façonné son regard, son souci et le besoin de l’exprimer par le canal d’une création artistique. Ses grands-parents paternels et son père étaient peintres, professeurs reconnus sous l’occupation russe, sa mère est graphiste et galeriste. La soupe de Ruta était riche mais indigeste car sa vie fut loin d’être tranquille, marquée par les ruptures, le sentiment d’abandon et d’injustice, ballotée entre Klaïpeda et Vilnius jusqu’à ce que s’ouvre un possible choix dont le déterminisme ne fait pas de doute : les écoles des Beaux-arts à Klaïpeda puis à Vilnius avant de s’échapper pour trouver son identité d’artiste et un autre creuset de création en France. Déracinement et exil ont accentué la précarité de son être au risque de l’angoisse et de la perdition mais pour mieux trouver, à distance des influences qui entravaient sa créativité, une existence possible et une recherche artistique qui transcendent les tensions déchirantes et allègent Ruta de la contrainte des regards ambivalents posés sur elle.

 

 

Le corps nous regarde infiniment

 

            « Il me fallait aller plus loin dans l’expressivité. Je devais me dégager du détail et des formes grotesques et illustratives même si cela était et reste important pour moi… je le devais car ça risquait toujours d’engager un malentendu sur le comique de mes figures. Le rire du spectateur neutralisait l’intensité de mon propos et me rendait malade. Je suis allée vers l’exploitation du corps expressif car j’avais à y trouver une formation qui me manquait pour accéder à une maturité de mon expression dans la sculpture, mais c’est aussi une tyrannie car ce corps est envahissant et angoissant. Je dois y aller mais ça me pèse. »

            Il fallait, pour être acceptée, et donc visible, explorer  ce corps nu et précaire dans une tension expressive. Il fallait travailler sans relâche le regard, l’exténuer pour en extraire une substance d’étrangeté. Il fallait sculpter en avant de soi au risque de se mettre dangereusement à l’épreuve, sans garde-fou. Ruta l’a fait et y a réussi. Dans ses sculptures des années 2008 et 2009, elle s’approche de l’expression pure, formes figurales libérées de la figuration lisible, expérience de la sensation sans discours ni anecdote, tout cela en travaillant à une économie de moyens et de formes. Ainsi, elle atteint cet essentiel d’une expression figurale si chère à notre culture encore empreinte d’un romantisme à la douleur exquise. Son guetteur inquiet est tendu vers l’horizon d’un regard intérieur projeté sur l’infini, infiniment intérieur, infiniment lointain, au-delà de la frontière du visible. Ses êtres sculptés se tiennent à l’orée du monde, à la fois tendus et suspendus, intenses et incertains. Ils sont précaires et éternels, devenant Vanités du temps, lignes de fuites d’une acceptation de la mort infiltrée dans la vie. Sont-ils des passeurs libérés de la pulsation du désir et du rythme vital, rejoignant ainsi Chronos et Siddhârta, ou bien des égarés au bord du monde, errants ravagés par le doute et l’angoisse ? Appellent-ils d’un regard étonné dans leur dénuement sans égotisme ni exigence, s’oubliant d’être les oubliés de la civilisation, si nombreux ? Ils sont là, face au monde, et ça nous regarde autant que ça nous traverse au point de provoquer un lourd malaise dans le silence du ravissement, du ravinement et de l’écrasement qui frappe le spectateur.

            La recherche de Ruta ne la laisse pas indemne, l’obligeant en permanence à extraire et à maîtriser une substance brute de la matrice de son être, à lui donner forme sans concession ni  détour dans une intense correspondance intuitive entre le corps, la forme et le mot.

« En fait, je n’ai pas un geste spontané dans mon travail. Tout est contrôlé et je me situe mieux comme ça. Je peux laisser échapper d’autres choses en évitant le geste déchirant et impulsif. Je n’ai pas de violence, je n’en ai pas besoin, mais j’ai des angoisses, des peurs intenses dans ce travail du corps. »

Ruta, ma terre douloureuse, mater dolorosa, non, ou pas seulement. Laissons-lui encore la parole : « Un corps en souffrance, il est réel, il est là. J’ai du mal à supporter et à défendre ce corps-là. Pour moi, il doit y avoir un au-delà de ce corps, avec la richesse de la métaphore, avec la poésie et l’espoir ; il y a la mort, bien sûr, mais l’important, c’est cette continuité qui existe et me rassure. » Pour que cesse une angoisse sans issue qui la tenaille et pourrait retenir sa création, pour ne pas laisser s’infiltrer une désespérance contraire à sa soif de liberté et d’espérance, pour ne pas se figer dans un désêtre contraire à cette force souple de l’herbe folle, semble dire Ruta. Cherchant ses traces et laissant poindre ses racines, riche de son expérience des dernières années qu’elle ne renie pas, elle ose désormais travailler à d’autres propositions formelles qu’elle explore sans toujours les montrer, au moins pour l’instant ; elle ose des voies créatives qui libèrent d’une possible tyrannie de l’expression et de la traversée sans issue qu’elle risque alors d’imposer.

 

 

Oser l’hybride en filant la métaphore

 

            « Adoucir l’angoisse ne doit pas altérer mon travail      . Le but n’est pas de déchirer mais de réussir à montrer ; et pour moi, la métaphore est une liberté que je voudrais me permettre tout en préservant l’intensité. Les images grotesques sont dans ma tête, alors, pourquoi pas les exprimer ! » Ruta qui parle ainsi avec force, voudrait alléger sa création en même temps que sa vie ; non pas la rendre légère au sens d’anecdotique mais ouverte à une polysémie, à une richesse des sens et du sens, en dépliant la figure et le regard. S’agit-il pour elle d’exprimer autre chose ou d’exprimer autrement ?

« Si j’ai besoin de faire trois têtes à une louve ou des ailes à un centaure, je dois pouvoir le faire.» Ruta entrouvre les fissures et les fractures de sa sculpture pour y voir et y saisir un monde riche et peuplé d’êtres hybridés par sa culture et son imaginaire prolifique. C’est là un dialogue essentiel entre son être et le monde, un dialogue sensible, intuitif et esthétique. Les ailes du désir rejoignent la métamorphose des avatars : alors revient le plaisir d’une création qui ne suffoque plus sous la contrainte de la présentation du corps tendu par la question existentielle abyssale.

Il ne s’agit pas de renier cette étape cruciale des dernières années, mais de ne surtout pas en rester là comme ose timidement, mais fermement, me dire Ruta. Il s’agit d’entrer, ou plutôt de revenir de pied ferme dans la richesse de sa culture à peine resurgie et reconquise, condition nécessaire pour défendre une liberté d’être et d’exprimer.

Ruta sent bien le risque d’un regard et d’une interprétation erronée sur ce que peut produire cette voie, car elle se souvient du rire des spectateurs de son travail réalisé avant 2007, rire humiliant et blessant car témoin pour elle d’une incompréhension de la profondeur et du sens de sa création. Bien sûr, elle avait alors cette maladresse l’empêchant d’exprimer réellement son monde, mais elle était aussi confrontée aux regards et aux pensées dévoyés des spectateurs habitués à un monde ‘disneysé’, sous-culture globalisée et donc ‘gadgetisant’ les représentations étrangères, insolites et composites. L’objet de ces représentations, même s’il est objet d’art, devient alors marchandise originale et ludique, pour se convertir en produit dérivé des cultures perverties. Pris dans ce processus ludique et marchand, il n’y a plus aucune chance d’accéder à ce qui tient tant au cœur de Ruta, sa culture ouverte et poreuse dont l’identité est partagée et enrichie par les imprégnations culturelles et spirituelles qui traversent les peuples. Ruta accueille ses sources védiques de l’Inde antique, son paganisme, ses influences nordiques et européennes dont la culture française. C’est une autre mondialisation respectant l’altérité et l’identité héterogène dont il faut provoquer et penser la résurgence. Ruta tente de déplier son imprégnation originaire en se souvenant aussi des contes cruels de son enfance et en acceptant de laisser venir les formes hybrides qui l’habitent autant qu’ils peuplent sa culture.

« A ma sauce ! » dit-elle. Mais quelle sauce nous mitonne Ruta : non pas celle d’une sorcière, remuant son grand chaudron après y avoir plongé les enfants, mêlés aux crapauds et vipères, indigestes monstres…. ce qu’ils ont toujours été, les méchants enfants ; encore moins celle d’une grande prêtresse révélant ses liens divins par la magie d’une métamorphose chimérique grotesque. Non, Ruta n’est ni violente, ni démiurge. Elle est cette sentinelle que ses sculptures actuelles nous montrent, autoportraits d’une humble guetteuse de l’humain disséminé, d’un espoir d’humain, d’un esprit d’humain, vapeur plus qu’évanescente à notre époque. Cette sentinelle porte son regard vers le passé qui fonde, les racines qui nourrissent, le cœur de son être où bouillonnent amour, beauté, haine et ravage. Mais son regard se perd aussi à l’horizon de la modernité, anticipant un futur capable d’étendre sa monstruosité et sa destructivité cosmiques, dont les marques laissent déjà un goût amer de Nagasaki à Bhopal, du napalm de l’enfer vietnamien à l’atome de Tchernobyl, sans parler du saccage programmé des écosystèmes au-delà même de la planète. Ruta parle d’espoir, elle y insiste, on la suit !

‘All is possible !  Yes, you can !  Parce que tu le vaux bien !’… Il suffit de rencontrer Ruta et son œuvre ‘in progress’ pour comprendre qu’elle se situe aux antipodes de ces prétentions humanistes narcissiques. Elle veut simplement ouvrir la possibilité d’un monde attentif à ne pas se couper de ses racines ni de son futur, et pour cela, elle recourt à la prodigieuse capacité virtuelle que contiennent en substance et en gestation, nos cultures et son psychisme. Elle veut en extraire une figure composite dont elle est la passeure, mais une passeure agitée et bouillonnante. Comme Germaine Richier ou Gérard Garouste, elle ouvre en elle et agite cette matrice foisonnante de sa culture et de son imaginaire. Alors, les mots, les choses et les formes se télescopent. Elle peut ainsi produire des figures hybrides, parfois difformes d’être sous-tendues par la richesse de ce qui les a produites. Les rêves nous en donnent un avant-goût parfois cauchemardesque à l’image des figures d’un Jérôme Bosch ou des Caprices de Francisco Goya. Il est bien possible que ces avatars, monstres polymorphes et spirituels, disent mieux et plus vrai l’humain que la figure romantique se privant de l’équivoque et du jeu polysémique.

Dire mieux l’humain qu’elle veut nous transmettre, s’approprier sa culture, ou plutôt ses cultures, préserver une liberté si fraîchement conquise, voilà ce qui incite Ruta à défendre une évolution qu’elle sent poindre et s’imposer en elle avec force, comme Judith Reigl, en son temps, avait accepté, malgré sa perplexité, de laisser émerger une figure, un corps incongru, de son abstraction, au grand dam des gardiens du temple de la contemporanéité en art. Ouvrir ce champ virtuel polysémique, rassembler traces et racines permettent un heureux nouage entre la vie, le sacré et le trivial ; ce qui, somme toute, résume un humain rien qu’humain.

Pour Ruta, la terre ne s’efface plus, la liberté est sans repentir ; alors, allons avec elle vers la figure hybride qui débride, sans morale, sans concession mais sans barbarie ni sujétion, qu’elles soient religieuse, politique ou militaire !

Depuis peu, Ruta lâche son geste dans le dessin intuitif, ouvert à toute divagation, tentative productive qui permet, dans son immédiateté, de saisir le virtuel qui passe dans la décomplétude d’un esprit vagabond. Elle apprécie de ne pas être dépendante des contraintes de la sculpture, qu’elle n’abandonne pas pour autant. Le dessin rythme sa sculpture en l’extrayant d’une durée, d’une attente incertaine, d’un contrôle intervenant autant sur la matière que sur la précision du geste et les variations de l’intonation sensible. Ce va et vient entre matière et dessin est une respiration productive, une source d’enrichissement de son travail de la terre.

« Et pourquoi pas la peinture, je pourrais bien y revenir. Le dessin m’y conduit ! » me dit-elle. Ceci n’est pas sans importance quand on sait la place que la peinture a occupée dans sa famille, et dans le cœur de son père disparu. Après avoir osé tailler sa route de femme et d’artiste, Ruta fait retour, non pas une route aller-retour de routarde, mais une conciliation, une passerelle qui, des racines retrouvées, pourrait apaiser le chaos de son histoire, tout en préservant une distance critique et surtout une profondeur qu’elle a durement acquise dans son parcours géographique, politique et artistique.

 

Nous avons certainement tout à apprendre de Ruta Jusionyte, comme les parents ont à apprendre de leurs enfants qui les rapprochent de la part sensible de leur existence, trop vite éteinte par la raison et les contraintes de conformité. Ruta, comme nous, soutient un passé en avant d’elle ; c’est son avenir… c’est le nôtre. Une artiste à suivre, dit-on ! Alors, suivons Ruta dans une voie où on ne s’attend pas nécessairement à pénétrer.

 

                                                                              

© Thierry Delcourt

 

 

 

Thierry Delcourt est auteur de plusieurs textes issus d’une recherche sur le processus de création artistique :

Au risque de l’Art - éd. L’Âge d’Homme, 2007

Artiste Féminin Singulier - éd. L’Âge d’Homme, 2009

Un combat pour l’Autre in Aux limites du sujet - éd. érès, 2006

Résonance magnétique des mots in Les mots de la psychiatrie - éd. Afpep, 2006

Ateliers in Ateliers de Jean-Jacques Rossbach - livre d’artiste, 2007

La connaissance au risque de la culture in Psychanalystes, gourous et chamans en Inde - éd. L’Harmattan, 2007

Passages de frontières in Entre deux rives – Exil et transmission - éd. érès, 2008

Formes en Extension in Marc Gerenton - éd. Prisme, 2009

A l’assaut des passions  in Quand l’amor monte d’Alex Bianchi et Lydie Arickx - éd. du Bout du Rien, 2009

 

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