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THIERRY DELCOURT

THIERRY DELCOURT

CARREFOUR ENTRE ART, PSYCHIATRIE ET PSYCHANALYSE. Recherche sur le processus de création et la capacité créative dans le soin et l'existence


Sigmund Freud, de l’autoanalyse à l’interprétation

Publié par Thierry Delcourt sur 13 Avril 2014, 06:47am

Catégories : #culture - art et psychanalyse, #artistes et création, #annonces -information

Juste quelques mots autour de la position existentielle qui a permis à Freud l’invention de la psychanalyse. Pour paraphraser son propos ‘L’artiste réussit là où le névrosé échoue’, on pourrait dire à son sujet ‘Le premier psychanalyste a réussi là où sa névrose le mettait en échec’.

Freud affronta la science bourgeoise dont il était forgé et accepta la solitude de son acte de création face à la réprobation de ses confrères. Pétri de paradoxes, il a su exploiter ses contradictions en les plaçant à l’épreuve d’une autoanalyse.

  • Il n’a pas ménagé le risque de s’exposer à l’incongruité de sa révélation.
  • Il n’a pas, non plus, ménagé ses semblables et la société qu’il n’entendait que trop bien dans l’espace feutré de son cabinet.
  • Il a surmonté la tentation intellectualiste pourtant forte en lui, cherchant à éviter l’évidence, l’objectivation, le scientisme d’un savoir constitué.
  • Il a offert ce cadre singulier et discutable à ceux que l’on appelle désormais les analysants.

Si un cadre le permet, l’interprétation, parole du psychanalyste, devient l’acte essentiel qui révèle, construit et conceptualise. Cette interprétation, donnant un poids immense à la parole, ne peut se limiter à la révélation d’un contenu explicatif. C’est une passerelle offerte, inventée dans la langue avec toute sa résonance, pour entrouvrir la porte au fantasme et au trauma.

La prise de conscience d’une limite du langage qui contraint la culture et l’être, oblige le psychanalyste à utiliser les outils à sa disposition pour en inventer d’autres, tel un bricoleur de l’inconscient. La fabrique de l’analyste produit, comme celle de l’artiste, un plus d’être, une conquête symbolique autant qu’un espace nouveau d’humanité viabilisée.

L’invention de chaque psychanalyste, unique et non prescriptible, est avant tout son interprétation. Le reste, c’est le cadre nécessaire mais juste pour permettre que l’œuvre ait lieu. Et donc, l’interprétation ne peut se contenter d’être une récitation, une application ou une théorisation, sinon elle produit le pire du coté de l’aliénation, un formatage psychologisant, ou bien elle est simplement inutile et alors, le patient perd son temps, son argent et son espoir.

  • L’interprétation se doit d’être poétique : non pas lyrique, versifiée, déclamative, mais poétique car restant sur le bord du langage, de l’être, du réel.
  • L’interprétation tente d’offrir une issue imaginaire au chaos. Elle pénètre et viabilise la friche minée et hostile de l’être, productrice de symptôme et d’angoisse.
  • L’interprétation est créatrice de sens. C’est ainsi qu’elle peut espérer entrer en résonance avec l’indicible de celui qui se débat sur le divan.

Jean-Marie Le Sidaner, poète, se considérait comme un ramasseur d’ombres. Cette superbe expression convient aussi au psychanalyste qui ouvre à la lumière, non pas celle aveuglante du savoir dans la froideur de son énoncé objectif, mais celle d’une lueur, offrant un clair-obscur qui donne du relief à l’objet de désir, et donc au sujet qui s’en approche.

Un homme précaire, c’est bien nommé pour dire la position risquée de l’artiste et du psychanalyste face à leur acte mais aussi du patient qui se risque à sa parole inouïe. Accepter cette précarité produit une consistance de l’être. À l’opposé, on ne peut que constater la précarité de l’homme non pensant, tel un monolithe apparemment fort dans ses certitudes, mais éminemment précaire.

  • Cet homme vit dans la tourmente de la manipulation dont il est l’objet inconsistant, priant ou consommant.
  • C’est un homme sans acte créateur, sans acte politique, évidé de sa quête désirante.
  • Cet homme n’exprime, dans ses envies pressantes devenues zapping de non-être, qu’une puissante destructivité à l’oeuvre dans ses pulsions inconscientes, témoin de l’impasse de sa condition.


Thierry Delcourt ©

Sigmund Freud, de l’autoanalyse à l’interprétation
Sigmund Freud, de l’autoanalyse à l’interprétation
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Commenter cet article

JOCELYNE 15/04/2014 17:28

Ce fondateur de la psychanalyse, penseur universel a bien lutté pour accomplir son oeuvre
immortelle.
Par ailleurs, quelle insignifiance dans tout à chacun.

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