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THIERRY DELCOURT

ORLAN, CORPS et TEXTE

2 Janvier 2015, 13:44pm

(petit extrait de Artiste féminin singulier.)

 

................ L’entretien avec ORLAN  et la rencontre de son parcours artistique dont les débuts remontent à 1965 permettent de mieux saisir à travers une œuvre extrêmement singulière et forte que d’être femme et artiste peut ouvrir une brèche inaugurale et interroger une humanité dépassant les frontières et les codes culturels. Effectuant un sondage impromptu auprès d’acteurs et d’amateurs dans le domaine artistique avec une question « Connaissez-vous ORLAN ? », j’ai constaté qu’il n’en était le plus souvent retenu et exprimé, avec une moue de dégoût ou un commentaire désobligeant, que la médiatisation de ses opérations-performances transgressant les limites du champ médico-chirurgical en charge du sérieux de la maladie dans sa nécessité impérieuse, commentaires oubliant que depuis des décennies la chirurgie plastique s’est mise au service du beau dans sa performance esthétique. Le message complexe transmis par ORLAN dans la diversité et l’insistance de son travail a été systématiquement tronqué et détourné par la caricature médiatique et la soif de spectaculaire, ce qui vaut à l’artiste d’être connue et critiquée à défaut d’être reconnue pour l’exigence de sa démarche artistique et politique.

ORLAN est une femme qui exprime dans sa création qu’elle préfère appeler sa production artistique, certes en usant de la provocation et du spectacle nécessaire à son propos, mais elle crée à partir d’une pensée et d’un discours élaboré au fil de plus de quarante années de pratique artistique, culturelle et politique.

ORLAN-CORPS n’a de sens dans sa révélation et sa transformation qu’indissociablement lié à ORLAN-TEXTE, référence accompagnant toujours ses performances. Elle est une pensée mise en acte et mise en scène afin de lui donner le maximum de portée et d’efficacité, sans ménager le spectateur et sans crainte de déranger, de transgresser, d’utiliser, entre autres, la performance spectaculaire en prenant pour matériau son corps dans sa réalité plurielle : anatomique, sociale, politique, esthétique et sa force d’expression. Elle use, pour ce faire, de la transformation charnelle concrète grâce à la chirurgie ou virtuelle par l’utilisation du morphing reconfigurant, dans le recours que tout cela permet pour penser et montrer le potentiel de mutation de l’humain ouvert à une transversalité dans et entre les cultures y compris mais au-delà de la question d’être femme dans un corps féminin........................

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1orlan040607.jpgLe corps, débat public

.......... ORLAN indique une voie et brouille les pistes. Le processus de sa création autant que son parcours et ses réalisations sont uniques et pionniers. Qui se risquerait à la suivre ?

Sa beauté singulière travaillée par ses transformations, le soin original qu’elle donne à son apparence et à sa voix génèrent une présence énigmatique en adéquation avec sa quête et son propos. Le corps est politique et porte les marques d’une beauté codifiée et chargée des attributs du féminin. ORLAN ne rejette pas tout en bloc mais offre ce corps au débat public et politique en questionnant ce qui est convenu, intime et aliéné pour, non seulement disposer de ce corps, mais y imprimer une révolution culturelle autour du féminin, bien sûr, mais pas seulement. Après l’avoir exploré, elle explose le mur manichéen qui contraint les corps et les êtres, remplaçant le ‘ou’ par un ‘et’ : bien et mal, homme et femme, soi et autre, réel et imaginaire, intime et social, artiste et femme, vierge et putain, histoire personnelle et histoire culturelle et histoire de l’art… Ainsi, à la manière nietzschéenne, elle génère une autre voie d’être humaine, dans l’affirmation d’une altérité qui la traverse et nous traverse : de l’autre en soi à l’autre qui peut naître d’une subversion de ce qui nous désigne, et nous assigne..........................

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L’insistance d’ORLAN à centrer son processus de création sur une pensée conceptuelle œuvrant son corps-matériau et refusant un expressionnisme qui laisserait transparaître dans leur immédiateté ses émotions et sensations inconscientes, pose la question du lien entre son acte, son psychisme et son histoire. Son être ne peut se résumer à la pensée élaborée et à une maîtrise intellectuelle, ce qu’elle n’est pas sans savoir, car elle reste à l’écoute de son désir et de sa quête de jouissance. Mais elle introduit une césure entre les affres de ses pulsions, son histoire et le motif de sa création. Ce choix délibéré, à l’allure volontariste, accentue la composante faustienne d’une « œuvre d’elle-même/d’elle-m’aime » n’hésitant pas à aller du côté d’une autogénèse en se faisant naître autre.................

© Thierry Delcourt




 

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Jocelyne 07/01/2015 09:23

Créer, c'est oser et elle ose sortir des sentiers battus. Comprendra qui voudra son message de liberté.

SARAH 02/01/2015 16:59

ORLAN m'inspire la Beauté qui dérange, qui déroute. L'expression du corps dans sa vérité, contradictoire et parfois violente, mais toujours sincère. Au delà de l'esthétique pur, elle nous invite à vivre une expérience sensorielle où le corps, qu'on empêche souvent de penser, de guérir, n'est beau que si son esprit a pu se libérer du formatage perpétuel et destructeur,qu'il soit politique culturel, médiatique...Ce n'est pas sa beauté que je perçois, c'est autre chose, bien au delà de tout les dictats, c'est sa Lumière.