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THIERRY DELCOURT

Un crépuscule des idoles : celui de Freud ou d'Onfray

, 20:36pm

Publié par Thierry Delcourt

La mode est aux universités populaires. M.Onfray sévit depuis 10 ans face à son public acquis avec un enseignement dense, vif, actuel, spectaculaire, séducteur et qui ratisse large pour un ‘génie de l’hédonisme’, mais lequel ? Il n’est pas aimé des philosophes, jalousé, et agit tel Gengis Khan avançant avec son armée sans crainte de faire tomber les têtes dont celle de Freud.

Il fonce et taille sans état d'âme dans la vie et le corpus de Freud avec des développements à l’emporte-pièce, donnant l’illusion de maîtriser son sujet. Certes il est documenté, fouineur impénitent, et n’est pas dénué d’une intelligence analytique et critique mais il déroule son propos avec la mauvaise foi du polémiste, parfois la gouaille du chansonnier qui juge sans s’embarrasser d’une complexité contextuelle. D'autres s'y mettent aussi à cette vogue du populaire, psychanalystes en écho au bateleur et contre lui, ce qui n’est certainement pas inutile, mais il n’est pas sûr qu’ils soient aptes à ouvrir la parole à une compréhension. Il est encore moins sûr qu’ils y soient enclins si l’on s’en tient à ce que Jacques Lacan disait d’un refus de se rendre accessible ! La contre-offensive descend, condescend au peuple pour transmettre la bonne parole, celle qui a fait des hypothèses freudiennes les certitudes lacaniennes puis le dogme des fidèles. Si certains psychanalystes persistent dans cette impasse d’une vérité révélée, nous subirons La Doctrine qui universalise et fige une élaboration subjective en oubliant son inscription autobiographique et culturelle, en oubliant surtout qu’une théorie quelle qu’elle soit se doit de rester une proposition heuristique, hypothèse nécessaire qui peut, dans le délire, prendre place de vérité.

Ainsi, depuis le Premier, divinisé, les seconds, sécularisés, les disciples suivent en se contentant trop souvent d'éxégèse sous forme d’hagiographie, ratiocinant plutôt que de s’autoriser une déconstruction comme le devrait un psychanalyste, afin de trouver, remanier et réassembler des pépites dûment mises à l’épreuve du singulier et du contextuel. L’ordre fondant la cause dans la croyance, le respect, le don de soi et la soumission, un maraboutage verrouille le savoir, refuse toute idée d’évaluation, se protège de toute contestation par une sophistique à toute épreuve par le jeu du déni/contre-déni. Il est nécessaire de s’ouvrir à tous les champs de pensée et d’expérience sans jamais présumer de leur insuffisance.

En cela et malgré lui, Michel Onfray peut être utile pour nous, psychanalystes et psychiatres, même s’il est, bien sûr, indispensable d’interroger ses sources et sa motivation, de discuter ses procédés réducteurs, son argumentation agressive. Il a commencé ses conférences, qui méritaient d'être écoutées, en provoquant par un propos utile à méditer : la psychanalyse est une philosophie comme une autre ; l’œdipe comme d’autres notions freudiennes est le produit autobiographique de Freud qui ne peut prétendre à s’universaliser ; il n’a valeur que pour lui, même s’il en a été fait une habile généralisation.

Quoi et comment transmettre ?

 Une transmission populaire est utile, populaire au sens où la connaissance s’appuie sur des savoirs disséminés, des lumières qui partent de la vie, de l’expérience et des trouvailles de chacun, même et surtout s’il n’est pas empreint ou contraint par un savoir.

Une transmission déconstructrice, comme pratique l’artiste dont on ne peut qu’apprécier la démarche risquée associant une quête infinie et un bouleversement, un détournement des matières, de la pensée, du regard. L’artiste, par définition inventeur, ne peut se réduire à être orthodoxe sinon il reproduit, copie, se copie, enfourche la mode et les codes, bref, se stérilise et ne fait plus que du bel ouvrage qui se vend bien car conforme à une économie libérale. Il est possible de déconstruire en mettant à l’épreuve les savoirs, évidences, mythes transmis et incorporés. Il s’agit de les identifier, de les revisiter au risque qu’ils sombrent, anecdotiques et obsolètes. Il ne persisterait que leur spectre permettant de les repérer en tant que commodités utilitaires culturellement installés. Il s’agirait de démonter leur emprise séquellaire figeant l’être par leur fonction de néo-mythes aliénants : pour exemple, le Phallus et une confusion constante, système père-vers oblige qu’ont dénoncé des psychanalystes et pas seulement des femmes, avec le pénis, confusion entretenue dans une mauvaise foi et un déni évidents ; pour exemple aussi l’œdipe, l’interdit de l’inceste, l’objet transitionnel… Tous font partie de la récitation du psy, copieusement relayés par les médias, évidences à ne pas contester au risque d’être taxé d’hérésie, de réaction, d’antisémitisme, d’obscurantisme, de scientisme...

 Il ne s’agit pas de couper des têtes, celles des mythes, de leurs acteurs et gardiens mais de décompléter, d’isoler les schèmes comme peut le faire une déconstruction sans concession pour les agencer autrement, les triturer, abandonner des liens, garder les schèmes, et travailler ce presque rien. Il est alors possible de produire une configuration originale, connaissance de traverse qui tente une lumière subjective, encore et toujours heuristique, une approche prenant en compte ce qu’est un humain aujourd’hui, ici et maintenant dans son corpus sociétal, ce qui n’est pas forcément valable ailleurs, encore moins pour l’indien ou le pygmée.

Se présente alors une connaissance mouvante, parcellaire, disséminée, plurielle, précaire et peut-être inouïe, fruit d’une tâche inconfortable mais qui ouvre la pensée par l’expérience.

                                                                                 

© Thierry Delcourt

Un crépuscule des idoles : celui de Freud ou d'Onfray
Un crépuscule des idoles : celui de Freud ou d'Onfray
Un crépuscule des idoles : celui de Freud ou d'Onfray