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THIERRY DELCOURT

THIERRY DELCOURT

CARREFOUR ENTRE ART, PSYCHIATRIE ET PSYCHANALYSE. Recherche sur le processus de création et la capacité créative dans le soin et l'existence


POUR QUE NAISSE AMRITA, ROMAN

Publié par Thierry Delcourt sur 13 Mai 2021, 12:38pm

Catégories : #créativité, #culture - art et psychanalyse, #féminisme, #histoire de la psychiatrie, #psychologie, #pédopsychiatrie, #éducation nationale, #littérature, #roman

POUR QUE NAISSE AMRITA, ROMAN

Pour que naisse Amrita, Thierry Delcourt, L’Harmattan, 2021, p. 260

   Le personnage principal, Tom Lorey, est médecin et chercheur. Il dirige une clinique et une unité de recherche spécialisée en thérapie génique du cancer. Lors d’une intervention, il perd pied, quitte tout et part à la recherche d’un signe du destin... Jusqu’où ira-t-il et pourquoi ?

   Les intrigues s’entrecroisent au fil des rencontres et des collisions hasardeuses, lumineuses et parfois dramatiques. Dans une tension soutenue, le roman dévoile les univers intérieurs de personnages en proie à un monde violent et à une humanité chaotique. Tom découvre ce à quoi il n’aurait pu s’attendre dans un tel périple, une réponse en forme de révélation et de plongée insondable au cœur de l’émeraude.

   Le lecteur est emporté dans un voyage qui est le sien autant que celui de Tom, voyage dans le noyau de son être, de ses impasses, mais aussi des voies créatives pour s’en sortir.

  Les événements forts du XXIème siècle, entre les crises sanitaires, politiques, religieuses et sociétales inspirent ce récit palpitant qui explore une humanité malgré tout préservée çà et là face aux ravages. Il ne s’agit malheureusement pas de science-fiction, mais pour autant, ce n’est ni un roman noir, ni désespéré. Ce texte porte en lui une force qui doit se transmettre au lecteur.

  Thriller scientifique, politique, mais aussi quête initiatique, histoire d’amour, de passion pour la vie, ce roman nous transporte à l’origine du monde, non pas préhistorique mais matricielle.

Interview de Thierry Delcourt, psychiatre et chercheur, auteur de dix essais concernant le processus de création artistique, la créativité sociale et son expérience de psy autour des liens entre les problématiques sociétales et psychologiques.

A.M.L.- Votre actualité littéraire est très fournie en ce premier trimestre 2021, puisque vous sortez coup sur coup deux essais et un roman. Vous écrivez à la vitesse de l’éclair ?

T.D. Effectivement, cela fait beaucoup mais non, je prends le temps de la recherche et de l’écriture qui ne se mesure pas en semaines ou en mois, mais en années de travail et de plaisir laborieux. Ce calendrier a été tributaire des contraintes sanitaires actuelles et des opportunités qui m’ont été offertes. Hystériques ? Une histoire de la violence thérapeutique faite aux femmes, éditions Eyrolles, est paru en janvier 2021 mais il aurait dû être programmé en 2019. Quant à la Fabrique des enfants anormaux, éditions Max Milo, j’y ai travaillé ces deux dernières années car il faut cela pour écrire un essai documenté de qualité. Enfin, Pour que naisse Amrita, je l’ai commencé il y a presque vingt ans après avoir remporté un prix de la nouvelle pour Correspondance qui a constitué en quelque sorte le noyau du roman. Au fil des années, et entre chaque recherche et essai, j’en ai repris l’écriture. Il a fallu pas moins de quatre versions pour que j’aboutisse à ce roman qui me paraît enfin publiable, même si de le relire me donne toujours envie de le réécrire.

Donc, c’est à la fois votre premier roman et le quatrième ?

Oui et non car si sa structure, son style et sa forme ont évolué, la thématique centrale, les intrigues et le fond restent assez proches. Il est dit que le premier roman est autobiographique et qu’il vaut mieux, en règle générale, le ranger dans un tiroir. J’ai fait le choix de le dégager de son pathos intime et de le retravailler longuement afin de lui donner une dimension plus universelle. Ceci dit, il reste heureusement très personnel.

Avant de proposer ce premier roman au public, vous avez publié dix essais sur deux thématiques qui semblent vous passionner, les problématiques psychiatriques et la création artistique. Quel lien faites-vous entre ces différents sujets, et pourquoi une telle insistance ?

Je pense même que l’on peut inclure mon roman dans cette préoccupation centrale qui peut se résumer en quelques mots : la passion de l’humain dans sa dimension d’humanité, dans sa capacité créative et dans la force de cette créativité pour exister ou pour sortir d’une impasse de l’existence, comme c’est le cas en général dans les troubles et les pathologies psychiatriques. C’est le fil d’Ariane de ma vie et de ma pratique de psychiatre, avec une exigence, celle de proposer à mes patient.e.s une approche toujours singulière, humaine et individualisée afin de leur permettre de réveiller leur propre créativité, d’être acteurs, actrices de leur guérison.

Vous pourriez préciser ce lien entre thérapeutique et créativité ?

Bien sûr, et même avant de parler de thérapeutique, il y a des opportunités dans les rencontres de personnes et de situations qui peuvent permettre de trouver sa propre voie créative, parfois totalement inattendue. Quand la crise devient une chance. L’élan créatif pour réinventer la vie, c’est à la fois le titre d’un de mes essais, paru chez Eyrolles en 2018, mais c’est aussi pour moi un mot d’ordre, un leitmotiv qui dessine un optimisme lucide : quand une crise est là, elle pousse à l’injonction de résoudre la tension et la souffrance éventuelle. Certains médecins, y compris des psychiatres, ne proposent comme solution que les médicaments ou les rééducations pour se conformer à une norme sociale et une homéostasie de l’être fuyant les tensions et la passion. Sortir d’une crise, se soigner, oblige parfois à bousculer un faux équilibre pour accéder à la vraie dimension de soi-même, au plus proche de son désir… vaste programme. L’exemple en est l’inconfort des artistes qui vouent leur existence à la création, parfois au risque de leur vie, mais aussi pour éviter de basculer dans la folie. Je vous renvoie, pour l’illustrer, à La folie de l’artiste. Créer au bord de l’abîme, Max Milo, 2018, essai où j’évoque le parcours d’un certain nombre d’artistes qui s’engagent dans la création, non pas pour se soigner, bien que certains y trouvent l’opportunité, mais pour exister, tout simplement.

Et en quoi c’est le sujet de votre roman ?

Plusieurs personnages du roman, dont principalement Tom, vont se confronter à un parcours de vie qui les met à l’épreuve, avec une tension de crise et l’injonction vitale à trouver une voie pour s’en sortir, ce paradoxalement en entrant au plus profond d’eux-mêmes pour y trouver leur solution. C’est ce qui donne au récit à la fois une dimension de parcours initiatique et de tension liée au suspense jusqu’au dénouement inattendu et émouvant. Si, sous un certain angle « Pour que naisse Amrita » est le testament d’une société sur la voie du chaos et déshumanisée, il est aussi porteur d’un message d’espoir à travers l’humanité de ses personnages, les événements et le dénouement. D’ailleurs, le deuxième tome que je projette sera la transcription de cet espoir, non pas sous la forme d’une projection idéale, type phalanstère ou îlot paradisiaque protégés de toute influence néfaste, mais de la possibilité d’une humanité redéployée, d’une voie d’accès pour sortir du chaos et rendre ses lettres de noblesse à la relation humaine.

Et pour les deux essais qui paraissent cette année, s’agit-il du même questionnement ?

Pour Hystériques ? Une histoire de la violence thérapeutique faite aux femmes, j’ai avant tout voulu retracer historiquement le processus de violence faite aux femmes en l’articulant entre religion, politique et médecine, la femme étant otage d’un rapport de force entre hommes, mais aussi entre institutions patriarcales et culture de la possession de l’objet-femme et aujourd’hui, de la femme-objet. La médecine est traversée et aveuglée par ce rapport de force qui reste une source de violence de la part de médecins généralistes, gynécologues, psychiatres, chirurgiens et autres professionnels de santé, mais également de la part de l’industrie pharmaceutique et des officines de bien-être. Là où cela rejoint cette problématique de créativité, c’est que je propose aux femmes de devenir des patientes-expertes qui ne s’en laissent pas conter et qui exigent une information de qualité tout en dénonçant chaque tentative d’abus d’autorité et de violence.

Vaste programme ! Et pour la fabrique des enfants anormaux ?

Là aussi, il me semblait urgent de dénoncer un processus d’aliénation auxquels sont soumis les enfants, les parents mais aussi les enseignants face aux institutions, notamment l’éducation nationale mais aussi les instances de santé (agence régionale de santé, haute autorité de santé y compris le ministère de l’éducation qui se mêle de santé). D’un côté, des bonnes intentions : la volonté d’inclusion sans réserve des personnes en situation de handicap, y compris les enfants, l’accès à l’école de la république et à l’éducation pour tous, la volonté d’aider les enfants difficulté. De l’autre, des effets pervers: des algorithmes de plus en plus contraignants dans le parcours d’apprentissage, qui en viennent à classer rapidement l’enfant comme inadapté, donc anormal, donc handicapé pour qu’il puisse bénéficier grâce à ce statut d’une aide rééducative. Et bien sûr, comme souvent en France, les moyens ne sont pas là, notamment la formation des enseignants, la réduction des effectifs, et la qualité d’une prise en charge spécifique au sein du système scolaire. Ce qui fait qu’un enfant en difficulté pour quelque raison que ce soit, dont simplement un manque de maturité ou une anxiété, entre dans un processus de stigmatisation qui aboutit à des actes intempestifs de rééducation et de traitement médicamenteux. Au bout du compte, l’inclusion devient une exclusion. Je me devais de dénoncer cela car tous les jours dans mon cabinet, je reçois ces enfants et ces parents désemparés, pris dans un système aliénant dont ils ne peuvent pas sortir car l’école conditionne son accès à la contrainte d’accepter les mesures de compensation du handicap. L’expansion galopante du handicap et les prescriptions abusives deviennent un fléau national comme ils le sont aux États-Unis ou au Canada à un niveau pour l’instant nettement supérieur, confinant à la folie sociale.

Mais alors, que proposez-vous ?

Comme pour la crise, comme pour les femmes, je propose là encore une réappropriation de son destin et une approche créative tant au niveau de l’enfant que de ses parents et des enseignants, chacun à son niveau ayant à faire ou refaire confiance à ses qualités intuitives et à ce bon sens qui semble avoir quitté les instances administratives, éducatives et sanitaires. Vous verrez que dans cet essai, j’insiste pour préserver la diversité des personnalités, les différences de structure et de processus d’existence des enfants, l’approche multifactorielle de la causalité des troubles, face au système de pensée réducteur qui rabat la différence à un trouble neurodéveloppemental, ce que prônent l’éducation nationale, le ministère de la santé et les administrations, soutenus en cela par des officines largement subventionnées type FondaMental, qui instrumentalisent les associations de parents et occupent le terrain avec une communication très efficace.

Tout cela, vous en conviendrez, peut faire peur. J’espère que vous veillez à contrer cette pente dangereuse ?

Nous y veillons, et nombreux sont les professionnels de santé à s’ériger contre cette dérive que nous nommons scientiste car elle ne s’appuie pas sur des validités scientifiques établies mais sur des hypothèses qui conduisent à des assimilations réductionnistes. Mais nous avons en face de nous une machine de guerre administrative qui se sert du bien public et des personnes pour imposer des mesures délétères en écrasant par des directives draconiennes à se plier à leurs normes. Le combat se poursuit, et à la fois il ne fait que commencer… et recommencer.

Et maintenant, à quoi allez-vous vous attacher dans vos prochains écrits ?

Je fais en sorte de ne rien programmer afin de rester disponible dans mes engagements pour la prévention, le soin, et auprès des artistes comme des professionnels de santé. Mais au fond, j’ai le désir d’écrire le deuxième tome de ce roman qui, j’espère, verra le jour. L’écriture est, et restera une part importante de mon activité. Je prépare un texte pour rendre visible une artiste aussi passionnante que méconnue, Corinne Deville, qui vient de décéder. Son œuvre a été une première fois exposée à Charleville-Mézières (Musée de l’Ardenne et Maison de l’Ailleurs), proche de celui qui l’a inspirée, Arthur Rimbaud. Une nouvelle exposition est en préparation au palais du Tau, Reims, qui débutera le 19 juin. Nous allons, avec Pierre-Emmanuel Taittinger, son fils, établir un catalogue raisonné de son œuvre, et en attendant, un catalogue d’exposition. Je vais aussi réaliser une biographie de Lydie Arickx, artiste hors-norme aux mille facettes. Une de ses rétrospectives, Arborescences, se tiendra au Château de Chambord, à partir du 30 mai.

 

POUR QUE NAISSE AMRITA, ROMAN
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